samedi 7 mai 2016

Charles Le Moyne

Charles Le Moyne au Monument à Maisonneuve, Place d'Armes, Montréal.

Le 18 juin 1651; il y eut un autre combat qui fut le plus heureux que nous ayons eu, car un très grand nombre d'Iroquois ayant attaqué quatre de nos Français, ces quatre hommes se jetèrent dans un méchant trou nommé Redoute qui était entre le château et un lieu appelé la Pointe-Saint-Charles au milieu des abattis et des fredoches.  Là, résolus à vendre chèrement leur vie, ils commencèrent à la disputer à grands coups de fusils.  À ce bruit, un de nos anciens habitants, nommé LAVIGNE, accourut tout le premier, étant le plus proche du lieu attaqué.  Il fit cela avec une audace surprenante et un bonheur admirable, car passant seul avec une légèreté et une vitesse extraordinaire par-dessus tous les troncs abattus pour venir à ses camarades, il donna en quatre embuscades iroquoises les unes après les autres et essuya soixante ou quatre-vingt coups de fusil sans être blessé et sans s'arrêter aucunement jusqu'à ce qu'il eut joint ces pauvres assaillis, qui ne furent pas peu animés par son courage.  Ce tintamarre ne tarda pas à émouvoir nos Français qui, étant toujours prêts à donner la chasse, s'en vinrent secourir nos gens par l'ordre de M. le Gouverneur.  Ensuite les Iroquois ayant imprudemment laissé aller tous leurs coups de fusil, nos Français, qui eurent plus de patience, tirèrent alors sur eux à plaisir.  Les Iroquois, se voyant tomber de tous les côtés par leurs décharges, ne songèrent plus qu'à s'enfuir.  Mais comme les arbres abattus étaient fort gros, à mesure qu'ils se levaient pour s'en aller, on les descendait à coups de fusil.  À la fin, ils y laissèrent parmi les morts vingt-cinq ou trente des leurs, sans les blessés qui s'en allèrent.

(Dollier de Casson, Histoire du Montréal, 1640-1672)

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